Simstim d’Adelin Schweitzer

Simstim d’Adelin Schweitzer

 

Je viens d’être simstisé ! Adelin Schweitzer intègre et déforme la réalité pour vous projeter au coeur même d’une oeuvre digitale dont le medium est le réel !

Rendez-vous pris à la sucrière, pour avoir suffisamment d’espace pour faciliter mes premiers pas, et un cadre déjà décalé par son architecture. La configuration du système est rapide, et ressemble à celle d’une porte de transportation (pour ce que j’en connais…). Sac à dos mis, casque de réalité virtuelle 3D posé, et un casque audio, pour tromper tous les sens.

Première sensation surprenante : je me retrouve plongé dans ma propre sensation du réel, comme si je m’observais percevoir … mise en abîme vertigineuse de sa propre conscience qui s’observe. Mon corps est déjà une boite, avec quelques ouvertures perceptives pour percevoir mon incarnation réelle ; mais là, plongé dans le simstim : je me retrouve à l’intérieur de ma propre chair, comme si je prenais les commandes de mon libre arbitre, transformé en marionettiste fou. Je ne marche plus : je commande ma marche. Je ne regarde plus : je m’observe regarder. Je n’entends plus : je m’écoute entendre !

Il faut quelques pas pour prendre confiance en sa nouvelle incarnation, comme si l’on devenait responsable d’une marionette fragile, qui n’est autre que soi-même… Puis peu à peu, je conduis ma mécanique avec assurance, d’une confiance quasi-ludique, pouvant croire qu’il me reste encore quelques vies avant le game-over ! Un reboot, et je recommence ma vie.

 

On sait aujourd’hui que sa propre intention se fabrique avec un léger décalage, qui crée l’illusion crédible d’un libre arbitre, car on a l’illusion que l’on agit un instant après l’avoir décidé, alors qu’en réalité, on constate juste que sa propre action correspond à son désir, fabriqué a posteriori… Illusion que l’on réalise ce que l’on souhaite, alors qu’au mieux, on apprend à désirer ce que l’on réalise. Ici, via le simstim, ce décalage est amplifié, par la boucle de calcul ; il en ressort une sensation de désincarnation totale, d’amplification de ce libre arbitre : derrière le masque virtuel, immergé dans ma propre conscience, je prends le contrôle des manettes, et dirige ce robot de chair et de peau où bon me semble ! Enfin libéré de la contrainte du réel, l’a-réalité me submerge, et me fait pur esprit !

C’est à ce moment, jouant de ma nouvelle nature, qu’intervient une zone de perturbation, dans laquelle l’ordinateur glisse des modifications visuelles et auditives : tout mon environnement devient jaune et noir, saturé à l’excès, et les sons me parviennent cristallins, doublés d’un écho variable. Aucune inquiétude, bien au contraire : le réel est multiple, et se duplique devant mes yeux. Enfin ! Me voici libéré de son uniformité habituelle, où les arbres sont verts, le ciel bleu, et les pavés gris… Le réel se courbe et s’offre sous un jour neuf et stimulant. Le plaisir est intense !

Changement de zone : je retrouve ses couleurs habituelles, avec cette légère déception liée à l’habitude. Vite, trouver une nouvelle zone de perturbation ! En croisant des personnes qui regardent cet être curieusement harnaché, mais n’osent pas lui parler : il a tellement l’air d’être ailleurs, dans son monde, perdu en sa propre conscience. Détaché de ma propre existence, je les observe me regarder, sans avoir à utiliser les codes sociaux : je suis en moi-même, derrière l’écran du réel, et le contact n’est pas nécessaire. D’ailleurs, il ne me parlent pas. Je reprends donc ma marche, pour trouver une nouvelle zone… qui arrive vite ! Là, tout devient fragmenté, et les espaces se mélangent en mille facettes. La géométrie même perd ses repères. Je m’arrête alors pour savourer cette nouvelle proposition du réel. Et je m’y habitue : il devient à nouveau cohérent, et mes sens l’appréhendent de façon naturelle, reconnaissant des visages d’éclats de lumières, des sourires de facettes tournoyantes, des facettes vivantes. On peut passer le réel au mixer : il continue à s’imposer, à prendre sens.

C’est là où se situe la véritable démarche artistique d’Adelin : l’art cherche à faire passer l’intention de l’artiste, quel qu’en soit le support. Par une déformation du réel, de la simple projection 2D des origines, à la découverte de la perspective, puis la rupture des codes de la représentation, l’artiste doit faire voir une autre réalité, et se jouer de la conformité au réel. Ici, cette démarche prend tout son sens, en utilisant le médium le plus fabuleux qui soit : la réalité elle-même ! Nul besoin de pigment, d’encre, ou d’écran : la matière même de la réalité, projetée au coeur de la conscience de l’observateur, le met face à l’intention ultime de l’artiste, et rend la démarche absolument évidente. Au délà du ready-made, le reality-made du Simstim pousse encore plus loin cette démarche qui inscrit l’art comme la raison d’être absolue : faire passer une intention entre les êtres.

C’est l’heure de me débrancher… de poser le casque. Mais la sensation fut tout autre, presque opposée : au lieu d’enlever le simstim, j’avais l’impression de remettre mon vieux costume, fait de ma chair, et de remettre ces globes oculaires, qui font voir les arbres verts et l’eau bleue, et me sentir sagement assis au fond de moi-même, à observer tout cela, comme d’habitude…

Merci Adelin de m’avoir fait partager cette expérience, et d’avoir ouvert ainsi une fenêtre sur l’a-réalité… par laquelle j’ai encore envie de m’évader ! Et retrouver ainsi ‘mon’ réel : celui que je simule, et qui me stimule ! Et je sais qu’un jour, au fond d’un hamac, coiffant à nouveau le casque d’a-réalité, je pourrais revivre à l’envie cet épisode, voire me plonger dans ceux des autres : mon expérience a été enregistrée, et peut être rejouée. Non seulement, le réel se duplique, mais il s’enregistre ! Pour une autre expérience, tout aussi riche, où l’on se plonge dans l’intention de l’autre, au gré de ses errances… conservées sur le site d’a-reality

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